Saturday, January 28, 2012

title pic De l’amour, du désir, et de l’art de se mettre le doigt dans l’oeil.

Posted by Pamina on 17/05/2010

Sans vouloir faire ma ch… d’intello blogueuse, j’aime Tolstoï. Voilà, c’est dit et j’assume. Après tout, Obama n’a pas honte, lui non plus, de dire qu’il aime Shakespeare, tandis que nos pseudopolitiques se croient obligés, pour séduire le peuple, de faire semblant d’apprécier la dernière BD ou alors Marc Lévy. Je trouve qu’être Président et avoir du  goût littéraire au pays du MacDo et de Newport Beach, ça nécessite un certain courage, une forme d’honnêteté politique. Mais je dérive, on n’est pas sur le blog du Bien commun, ici. Non, Lectrice, ici et maintenant, j’ai décidé de te parler d’amour. Et de Tolstoï. Le vrai, celui des bouquins, pas celui eau-de-rosé par Sophie Marceau dans son regrettable Anna Karénine. Suis-je la seule d’ailleurs à trouver que presque tout de Sophie Marceau est regrettable? Certes c’est une belle plante, mais je trouve qu’elle devrait s’en tenir à ce rôle. Solliciter celui d’un ficus, voire d’un hibiscus: décoratif -et muet. En photo, je la trouve parfaite.

J’en reviens à Tolstoï. Dans plusieurs de ses romans et en particulier La sonate à Kreutzer, le romancier russe énonce un triste constat: toute l’éducation d’une fille tend à faire d’elle un piège au mariage. On lui enseigne dès son plus jeune âge la séduction, qui lui permettra d’atteindre son but. Mais le mariage la dénature et la défigure, parce qu’après 5 à 6 grossesses (on est à la fin du XIXe), elle ne ressemble plus trop à l’objet convoité par le mâle amoureux, qui entre-temps est devenu son époux. Parfois, erreur ou accident, un grain de sable passionnel vient dévoyer l’un ou l’autre: le drame se noue, la mort souvent tragique le dénoue. En définitive, les relations hommes-femmes sont fondées sur une incompréhension de fond, qui rend le bonheur très hypothétique.

Vieillerie direz-vous, l’idéal de la matrone n’est plus de mise. Enfin, plus directement. Il s’agit d’être soi, d’être libre, désirée et aimée, donc heureuse. Trouver le bonheur, quoi. Le reste, ça attendra. Par conséquent, soyons douces (épilons-nous), le cheveu brillant (shampoing, après-shampoing, vitamines), le sourire rayonnant (dentifrice et bain de bouche), aisselles nettes (tous les deos), sans pertes urinaires (y compris dans nos strings), avec des périodes “happy” seulement, puisqu’étanches et délicatement parfumées, d’importantes défenses naturelles (contre les virus et bactéries only), un transit consistant et surtout pas de ballonnements. Pfiouuuuu sacré travail dites-moi, et tout cela c’est avant encore d’employer l’arsenal que nous méritons bien, crème, mascara, rouge à lèvres et à ongles, etc. et de nous orner, jolis perroquets que nous sommes, des atours les plus in, hypes, glamours ou chiquissimes –bref, tout ce que l’on nous présente comme incontournable.

Ainsi parées, en chasse! De quoi? Mais de mecs, voyons. Testons nos armes, testons notre art, rassurons au creux de nous cette petite voix peureuse qui pleurniche sa peur de rester seule, délaissée, manifestant l’évidence de n’être pas “aimable”. Tragique confusion! Pour être aimées, nous nous faisons désirables. Et nous sommes, usant de cet attirail de séduction, désirées –un temps au moins. Avant que l’oiseau volage ne guette un autre plumage, car le désir est instable, et s’éteint (au mieux, s’assoupit) aussitôt satisfait. D’où les 55.000 trucs que nous donnent les magazines féminins pour garder celui-ci éveillé. Le désir. Et le mec aussi, de préférence. D’ordinaire l’un et l’autre vont de pair, notez bien.

Du blog de fille au blog de Phi(lo), à présent. Ces vieux schnocks de Socrate et Platon nous le disaient déjà, voici à peu près 2500 ans: le bonheur n’est pas dans le désir, car un désir inassouvi est un manque, donc une souffrance, et le désir assouvi s’éteint, pour faire place à d’autres désirs. Plus concrètement, j’évoquerai le syndrome de la Saint-Nicolas: rappelez-vous LA barbie dont nous rêvions dans une attente quasi insupportable, celle qui allait nous faire oublier l’imperfection du monde et que nous n’étions pas Shirley Temple, Brigitte Fossey, Emma Watson; LA barbie qui marchait, dansait, avait les cheveux qui poussent, un poney, un cabriolet ou simplement  Ken…; LA barbie que nous désirions et nous rendait sages (un temps), nous arrivait le 6 décembre.  Elle désillusionnait nos rêves avant qu’arrive le Père Noël. Nous le savons donc d’expérience: la barbie ne fait pas le bonheur. C’est d’ailleurs le constat que dresse le mec qui part, laissant un lit défait et la poupée défraîchie avec laquelle il n’a fait que jouer.

Le désir est un moyen, pas un but. Notre attirail de fille et femme irrésistible n’est donc qu’un instrument au service d’un moyen. Au-delà, ce que nous cherchons, c’est le bonheur. Confondre le but et le moyen, c’est se fourrer le doigt dans l’oeil. Ce qui le fait souvent couler, et avec lui le mascara.

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